Une première fois

Lui a 16 ans, c’est un timide extraverti. Il est tout et son contraire. Il aime être entouré mais aime aussi la solitude. En échec scolaire depuis plusieurs années, une rage invincible enflamme son ventre. Il est heureux mais ne trouve pas sa place dans ce monde. Il a 16 ans. Il trouve refuge dans ses sweats à capuche et ses écouteurs lui créent régulièrement une barrière avec le monde. Monde qu’il pense pouvoir changer. Il a 16 ans. Ce qu’il aime par-dessus tout c’est se sentir libre. Il trouve la liberté où il le peut, dans un pogo, dans une nuit passée à discuter et écouter de la musique, dans une feuille d’arbre virevoltant dans l’air de l’automne.

 

Elle a 15 ans. Introvertie, surdouée, elle comprend des choses sur le monde qu’elle ne devrait pas. Elle trouve refuge dans ses sweats à capuche, des habits de garçon, et ses écouteurs lui créent régulièrement une barrière avec le monde. Monde qu’elle sait impossible de changer. Elle a 15 ans. Elle a un regard bleu entouré de noir, comme ses états d’âme. Elle est petite et le poids de la vie sur ses épaules est immense. Elle aime la solitude, écrire, apprendre, écouter, construire et déconstruire.

 

Vendredi 23 octobre 2004, 21h

 

Lui accompagne son meilleur ami pour son repas de classe à la grande ville. Il découvre la vie nocturne et fait également connaissance avec de nouveaux amis. Il ne le sait pas encore, mais ils deviendront des amis pour la vie.

Elle fait la même chose de son côté. Puis à la croisée de deux chemins, leurs vies vont s’entremêler.

Lui la voit de l’autre côté de la route. Une route les sépare. Elle ne le remarque pas. Le meilleur ami décide de traverser cette fameuse route qui voit tant de gens se croiser, se percuter et parfois se perdre à jamais.

Faites attention sur la route.

Elle et Lui se rencontrent, grâce au meilleur ami, ils se font la bise. Il ne se passe rien de plus, Lui glacé par la vision de ce petit être, Elle perdue dans les méandres de ses pensées aléatoires.

La soirée ne se passa pas comme prévue pour Elle, due à un trop grand nombre de shooters.

Lui rentra chez son ami dormir, cependant il ne trouva pas le sommeil, il est tourmenté.

Il n’a de cesse de repenser à Elle.

Se demandant quelle était sa vie, pourquoi ce regard, pourquoi cet aura.

Au réveil, il inonda ses amis de questions pour en savoir plus sur Elle.

Mais c’est la douche froide : elle est en couple depuis plusieurs semaines avec un gars du lycée.

Elle se réveilla chez elle, seule, avec un gros mal de tête.

 

Il continue cependant à penser à elle, parfois.

 

Jeudi 18 novembre 2004, 16h54

 

« Elle est célibataire. Tiens son MSN : ****_*****@hotmail.fr / rajoute-la »

 

Voilà ce qu’il reçut par SMS de son meilleur ami.

Il hésita un moment avant de l’ajouter.

 

Dimanche 21 novembre 2004, 13h22

 

Il l’ajouta. Elle accepta dans la même journée. Au début, rien ne se passa. Les jours, puis les semaines passèrent et un jour, il vit dans son pseudo une référence au film Le Dîner de cons, passé la veille sur TF1. Film qu’il adore. Il hésita, encore, puis il lui envoya un message.

C’est fait.

La discussion est lancée.

La route est traversée, pour toujours.

S’ensuivent quelques discussions sur la musique, la vie, les rêves, les angoisses.

Ils décident de se voir au prochain repas de classe.

 

Vendredi 17 décembre 2004

 

Pour le repas de classe, il réserve une nuit d’hôtel avec un de ses potes. La liberté. Elle, finalement, n’a pas pu venir, car elle garda son petit frère. Il passa sa soirée animée entre déception et ivresse. Le lendemain, il décida de lui envoyer un message :

« Je suis en ville cet après-midi. Tu veux venir ? »

Le tout pour le tout. All-in.

La réponse tant attendue arriva quelques minutes plus tard :

 

-" Vous etes où ? Je vous rejoins ".

-"Nous sommes au parc devant le lycée, sur le banc pile en face de la sortie"

 

Le cœur s’emballe, le stress monte, les angoisses aussi.

Il se ronge les ongles, fait des mouvements bizarres avec sa tête.

Elle arriva, un jean bleu rentré dans une paire de Doc Martens montantes. Les yeux charbonneux, comme à son habitude, les cheveux blonds et lisses.

Ils se font la bise, encore.

L’après-midi se passa, Lui s’évertuant à la faire rire, le plus possible, c’est son arme de séduction.

Elle riant à gorge déployée, c’est son arme de séduction.

Ils vont voir un film, mais le temps de se quitter arrive.

Il est 19h et le train le ramenant chez lui est à 19h20. Ils se font la bise, la nuit est tombée et la pluie n’est pas en reste.

Sur le chemin le menant vers la gare, son pote lui dit : « Mais pourquoi tu n’as rien tenté ? Ça se voyait que tu lui plaisais ».

Il y crut.

Le voilà faisant demi-tour, partant en courant, bravant la pluie et ses angoisses.

Il manquera de tomber sur une bouche d’égout.

Au bout de plusieurs minutes de course, il se rendit à l’évidence, il ne la retrouvera pas ce soir.

Il fit donc demi-tour, prit son train.

Sous l’effet de l’adrénaline, il osa le coup de force.

Le SMS. « Si je t’aurais embrassée, tu m’aurais dit quoi ? » (échec scolaire, je vous ai dit...).

 

De la gare, il fonce chez ses grands-parents pour un repas de Noël. Il sera incapable de vous dire de quoi seront faites les discussions animant le repas.

Il regardera son téléphone toutes les 4 secondes, chaque vibration due au son trop grave de la voix de son oncle, étant prise pour un message reçu.

Mais rien.

« L’amour est un téléphone qui ne sonne pas », comme disait l’autre.

La fin du repas arrivée, il s’empressa, comme à son habitude, de se connecter sur MSN. Et là :

 

« ****_*****@hotmail.fr // J’ai plus de crédit, je te répondrai sur MSN. »

 

Ce statut MSN lui est-il destiné ? Il lui posa la question. Au début de la conversation, cela ne fut pas clair. Elle était assez évasive. Il prit donc cela pour un non, mais au fil de la discussion, il creusa et se rendit compte qu’elle manque de confiance en elle/Lui. Il ne laissa pas tomber, un rendez-vous fut pris pour le mercredi d’après, dans le même parc que ce jour, sur le même banc.

 

Mercredi 23 Decembre 2005 13h04

 

Il se posta sur le banc, écoutant en boucle Let it slide de No Use For A Name.

Il fait froid, les mains sont gelées, le cœur aussi.

Elle arriva.

Jean slim troué aux genoux, Doc Martens, sweat à capuche.

Pour la suite de l’après-midi, ce fut simple, en quelques mots : Macdo, il tomba son plateau. Rire. Marche. Discussions. Alchimie. Rire. Yeux bleus. Gêne. Parfum.

Il est troublé, elle aussi.

Il pensa à un moment lui prendre la main, mais la garda dans sa poche.

Il fait froid, les mains sont gelées, le cœur se réchauffe.

 

Ils décidèrent d’aller au cinéma.

Assis, ils regardent le film, mais lui n’en suit pas une seule seconde.

Il est ailleurs.

Il se demande ce qu’il doit faire.

Doit-il faire quelque chose ?

Tenter un truc ?

Ça marche comment à la télévision ?

Il aurait fait quoi, Dawson ?

Puis elle, elle veut quoi ? Est-elle intéressée ?

Elle a ri, peut-être que ça veut dire que oui.

Oui, mais tout le monde rit. Bref.

C’est la merde dans sa tête. 

Il garde les mains dans les poches.

Il fait froid, les mains sont gelées, mais le cœur est en ébullition.

Puis il se jette à l’eau, il lui prend la main, il tremble, elle aussi.

Le cœur bat la mesure à 4 temps.

C’est le grand final.

Il se tourne et puis l’embrasse.

Le geste est maladroit. Il est maladroit.

Elle l’embrasse aussi. Ils s’embrassent.

Le film passé sur grand écran n’existe plus.

Le film, c’est eux, la bande originale est écrite, les personnages principaux sont maquillés, c’est le grand final.

Silence sur le plateau, moteur, ACTION !

Ils sortent, se tiennent la main.

Il ne fait plus si froid que ça.

Il prendra son train de 19h20 puis elle rentra chez elle.

 

Quatre mois passèrent...

 

Mercredi 13 Avril 2005

 

Ils s’étaient apprivoisés. Ils vivaient une relation d’adolescents.

Ils prendront l'habitude de souvent se rejoindre sur le même banc que le premier jour.

 

Comme tous les mercredis après-midi, il allait chez elle. 

 

Ils passaient l’après-midi à discuter, écouter de la musique.

 

Elle lui traduisait les paroles des groupes de rock américains.

 

Il lui parlait de ses rêves.

 

Elle lui déposait les mains sur la nuque.

 

Il l’embrassait sur le front.

 

 

Il était 18h45. Il devait partir.

 

Il passa la porte, l’embrassa, fit un pas en arrière pour prendre la route qui menait jusqu’à la gare.

 

Puis il fit demi-tour.

 

Il posa la main sur la porte, l’empêchant de la fermer.

 

Il la regarda dans les yeux.

 

"Je t'aime" lui dit-il d'un ton hésitant.

 

C'etait la premiere fois...

 

 

---

 

 

 

Cette histoire d’amour dura quelques temps, mais c'est un détail.

Ils allaient découvrir que rien ne dure, sauf les traumatismes.

Que rien ne reste, sauf les souvenirs.

 

Un jour, elle cessa de le rejoindre sur ce fameux banc.

Un jour, il cessa de lui raconter ses reves .

Un jour, elle ne déposa plus ses mains sur sa nuque.

Un jour, il ne l'embrassa plus sur le front.

 

---

 

Cette histoire, c’est la leur.

C’est la vôtre.

C’est la sienne.

C’est la mienne.

 

C’était hier, aujourd’hui ou demain.

 

 

N’oubliez pas votre premier "je t’aime".

N’oubliez pas le dernier.

Surtout, chérissez le prochain, il est sur le chemin...

 

 

N'oubliez pas de tomber amoureux...

 

 

 

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